Rêverie d'un promeneur solitaire
Pascal Rete crée un univers, un langage où il affirme sa
différence.
Parti du Lyvet, il a l'
intention de remonter le canal jusqu'à Rennes dans un premier temps, et peut-être continuer jusqu'à
Arzal, dans son frêle esquif tout en matière synthétique. Il rame, seul à bord, avec une chaise flottante qu'il tire derrière lui, une chaise en plastique blanc fixée sur une plaque en bois
reconstitué.
C'est le coeur d'une démarche artistique, chaque matin il prend une photo de sa
chaise à l'endroit où il a jeté l'ancre la veille au soir. Il écrit, prend des photos, mais ne peint pas. Pascal Rete est originaire de Vannes, « l'année dernière, en traversant la Vilaine à
pied, à Arzal, l'idée m'est venue de faire la même chose en barque.
Pourquoi la chaise ?
Je l'avais déjà utilisée en Suisse, en revenant de Suisse en Bretagne, en voiture, toutes les 60 minutes montre en main, je m'arrêtais, qu'importe l'endroit, je posais la chaise et la
photographiais. Ce qui fait que le voyage m'a pris plus de 36 heures. Le but ? Offrir ma manière de voir le monde ; derrière cette démarche, il y a autre chose qui se cache : quand on va d'un
lieu à un autre, que regardons-nous dans le moment ? Et quelle société pour demain ?
Ma motivation ?
L'expérience artistique du déplacement, du voyage, je m'interroge sur ma capacité à contempler. »
Où est le rapport entre la société et la chaise sur l'eau ?
C'est un déplacement incongru, absurde mais c'est là qu'il trouve tout son sens,
cela nous fait réfléchir sur d'autres choses, il interpelle. Les gens s'arrêtent pour voir çà, la conversation s'engage, on échange. « Je suis content : çà marche
! ».
Parti depuis 24 heures, il prévoit plus ou moins trois semaines pour rejoindre
Arzal.
Tout seul,
il met ce temps à profit pour réfléchir sur le monde, la société, la manière de l'appréhender, mais surtout il pense à ramer.
La chaise ?
Elle représente le fait de faire une pause, de s'arrêter, elle est le point fixe autour duquel vient s'articuler le paysage différent chaque matin.
Une exposition des photos ?
Il en a déjà proposé plusieurs qui ont beaucoup plu. Pour le moment, l'expo se
fait 'en live', à chaque lieu de prise de vue.
En tous cas, s'il y a prise de vue, il n'y a pas prise de tête, Pascal est un
promeneur solitaire tranquille, qui cultive le paradoxe avec un certain humour, car pour mieux appréhender la nature, la vraie, il navigue dans une barque toute synthétique, la chaise et son
plateau sont synthétiques aussi.
Le seul élément vraiment naturel est l'eau sur laquelle il se déplace, les arbres qui l'entourent, le silence qui l'enveloppe le soir sous sa tente synthétique, et 'un peu' les gens qu'il
rencontre au fil des écluses, car évidemment tout le monde le prend en photo : un mec qui tire une chaise en plastique derrière sa barque, c'est bizarre tout de même !
Et pour mieux comprendre sa démarche, il faut faire une pause sur son site : '10
minutes d'un promeneur' où l'on prendra le temps de mieux le connaître et de comprendre sa démarche et son talent. Ecrit par votre servante, paru dans l'édition du 8 octobre du Petit Bleu.
Le gars a eu la 'chance' de passer dans l'écluse au pied du Moulin et nous l'avons chopé, qui à la photo, qui à la question...